Par Harut Sassounian
Après avoir réussi à rallier le Premier ministre Nikol Pashinyan, l’Azerbaïdjan et la Turquie tentent de neutraliser la diaspora arménienne, dernière étape de leur conquête de l’Arménie. Aliyev et Erdogan se félicitent de la soumission du régime arménien et ne souhaitent pas que la diaspora fasse obstacle à leurs projets anti-arméniens.
Le 2 mars 2026, Apollo Strategic Communications (ASC), une agence de relations publiques londonienne, a attaqué le Comité national arménien d’Amérique (ANCA) en envoyant une note secrète aux médias américains, intitulée « La diaspora arménienne défend les intérêts russes au Capitole ». ASC entretient des liens avec l’Azerbaïdjan et ses partenaires pétroliers de la mer Caspienne. L’agence est enregistrée auprès de la Companies House britannique comme exerçant des « activités de relations publiques et de communication ». L’entreprise a changé de nom à plusieurs reprises ces dernières années : « Apollo Public Relations Limited » (du 13 août 2009 au 29 août 2014) et « Red Public Relations Limited » (du 14 avril 2008 au 13 août 2009).
La note de l’ASC propage des mensonges et de la désinformation en affirmant que « les efforts de l’administration américaine [en Arménie]… se heurtent à la résistance et à l’opposition du puissant Comité national arménien d’Amérique (ANCA), la plus grande organisation arménienne des États-Unis, qui, selon certains membres du Congrès, chercherait à saper le processus de paix en cours. L’ANCA est accusée de s’allier aux forces pro-Moscou et de nuire aux intérêts nationaux arméniens en relayant, souvent mot pour mot, les positions et les récits de désinformation russes au cœur même des institutions américaines.» La note condamne ensuite de « hauts responsables de l’ANCA » pour avoir publié « une défense passionnée de l’Église apostolique arménienne ». L’ANCA et la diaspora s’opposent à une paix illusoire, non à une paix véritable, et ne sont pas contre les intérêts nationaux de l’Arménie. Au contraire, elles souhaitent protéger l’Arménie des concessions incessantes de Pashinyan à Aliyev, qui pourraient mener à la chute de la patrie.
Je tiens à souligner plusieurs points litigieux de la note de l’ASC :
1. Calendrier électoral : La note fait directement référence aux « élections générales cruciales en Arménie », indiquant que l’Azerbaïdjan et la Turquie mettent tout en œuvre pour que le Premier ministre Pashinyan se maintienne au pouvoir après les élections législatives du 7 juin.
2. Choix inhabituel du canal de communication : L’Azerbaïdjan dépense des millions de dollars en agences de relations publiques et de lobbying à Washington. Or, curieusement, cet article à charge est diffusé aux médias américains par une agence londonienne plutôt que par celles de Washington auxquelles l’Azerbaïdjan verse chaque année des sommes considérables pour ses activités de lobbying et de relations publiques. Cela apparaît comme un gaspillage d’argent et un affront aux agences de relations publiques engagées par l’Azerbaïdjan à Washington.
3. Sources proposées par l’ASC aux journalistes : L’ASC a communiqué les noms de quatre personnes qui seraient « heureuses de partager des documents et des informations complémentaires » :
— Un « cadre supérieur non identifié de la Commission américaine sur la sécurité et la coopération en Europe – une commission du Congrès ». L’ANCA devrait vérifier si cette personne perçoit des paiements d’une entreprise étrangère ayant des liens avec l’Azerbaïdjan, tout en travaillant pour le Congrès. Si tel est le cas, elle devrait être licenciée.
— “Maria Karapetyan, députée du parti au pouvoir en Arménie, le Contrat civil, et membre de la Commission permanente des affaires étrangères.” Maria devrait être interrogée sur sa collaboration avec un cabinet de lobbying étranger contre une organisation arménienne, et sur la possibilité qu’elle soit rémunérée à ce titre.
— “Nzhdeh Hovsepyan, universitaire et historien respecté, qui peut témoigner des liens entre l’ANCA et la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA), parti pro-Moscou, ainsi que des liens entre la FRA et la Russie.” Il a mentionné plusieurs postes au sein du gouvernement Pashinyan sur son profil LinkedIn.
— « Garo Paylan, chercheur invité au sein du programme Europe de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, est disponible pour s’exprimer sous couvert d’anonymat sur la politique arménienne, les opérations d’ingérence russes, ainsi que sur les liens de l’ANCA avec des acteurs pro-Moscou. » Paylan, ancien député turc, a contredit l’ASC dans un message publié sur X : « J’ai appris que des messages concernant l’Arménie ont été envoyés à des journalistes en mon nom, sans mon autorisation. Je m’exprime publiquement et avec des journalistes, et mes opinions sont bien connues. »
4. Violation possible de la loi FARA : La note de l’ASC a été transmise aux médias américains par une agence de relations publiques britannique, et non américaine, dans le but possible de contourner la loi américaine sur l’enregistrement des agents étrangers (FARA), qui oblige les entreprises américaines travaillant pour le compte d’entités étrangères à s’enregistrer auprès du département de la Justice. Ceci pourrait constituer une violation du droit américain.
5. Absence de réponse d’ASC : J’ai envoyé plusieurs courriels à ASC la semaine dernière pour lui demander de fournir, comme promis dans sa note de service, des informations complémentaires sur l’ANCA. ASC n’a pas répondu. Un tel comportement non professionnel ne peut que nuire à l’image d’une agence de relations publiques.
6. Liens commerciaux avec l’Azerbaïdjan : La société mère d’Apollo, le groupe RSK, possède une filiale à 100 %, « Azerbaijan Environment and Technology Centre Ltd (AETC) », qui dispose d’un bureau local et réalise des projets dans la région caspienne, témoignant ainsi d’une activité commerciale de longue date en Azerbaïdjan.
L’ANCA devrait envisager de porter plainte contre ASC pour avoir tenu des propos mensongers et diffamatoires à son sujet.