Si Pashinyan interdit un parti d’opposition, les autres devraient boycotter les élections
Par Harut Sassounian
TheCaliforniaCourier.com
Le Premier ministre Nikol Pashinyan poursuit sa campagne électorale malgré d’innombrables violations des lois arméniennes.
Nous avons été témoins des réactions grossières, insultantes, hystériques et agressives de Pashinyan chaque fois qu’un citoyen ose le critiquer lors de ses déplacements de campagne. Ce comportement est indigne d’une personne saine d’esprit, et encore moins de celui qu’on attend d’un Premier ministre.
Ces dernières semaines, de nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré l’attitude anormale de Pashinyan envers celles et ceux – principalement des femmes courageuses – qui lui font part, en face, des conséquences désastreuses de sa politique. Cette politique a entraîné la perte de l’Artsakh, la mort de milliers de soldats, la destruction de certaines parties de la République d’Arménie, et peut-être bientôt la perte de toute l’Arménie. Lorsque des citoyens l’interpellent pour exprimer leur désaccord, ils sont violemment agressés par Pashinyan ou bousculés par ses partisans endoctrinés.
Ceux qui suivent le comportement irrationnel et les déclarations insensées de Pashinyan peuvent constater qu’il présente des signes croissants de troubles mentaux : il hurle, menace d’emprisonner, voire de tuer (« sadgetsnel ») ses opposants politiques.
Ces derniers mois, l’Agence nationale de sécurité, à la solde de Pashinyan, a accusé ses détracteurs d’être des agents étrangers, allant jusqu’à diffuser des documents manifestement falsifiés. Pashinyan a prétendu que son principal adversaire aux élections, Samvel Karapetyan, était un agent russe. Karapetyan a été arrêté et inculpé de complot en vue d’un coup d’État pour avoir simplement déclaré soutenir l’Église apostolique arménienne. En diffusant un autre faux document, Pashinyan a faussement accusé le neveu de Karapetyan, Nareg, de ne pas avoir révélé sa nationalité russe – ce qui constituerait une violation des lois électorales, puisqu’il est candidat aux élections législatives. De plus, Pashinyan continue d’interférer dans le système judiciaire arménien en donnant des instructions aux juges, qui sont censés être indépendants.
Ces deux derniers mois, des dizaines de partisans de ses adversaires politiques ont été arrêtés et emprisonnés sous la fausse accusation de corruption d’électeurs. Cette accusation est absurde. Qui serait assez naïf pour soudoyer des électeurs potentiels des mois avant une élection, en espérant qu’ils voteront pour son parti ?
Pashinyan a également emprisonné plusieurs hauts dignitaires religieux sous de faux prétextes de divers crimes. De plus, il publie régulièrement sur Facebook des accusations obscènes contre le Catholicos de tous les Arméniens et s’immisce dans les affaires internes de l’Église, en violation flagrante du principe constitutionnel de séparation de l’Église et de l’État.
Pendant des années, Pashinyan a prétendu, à tort, que les deux dernières victoires électorales de son parti, en 2018 et 2021, étaient régulières et sans fraude. Pourtant, ses actes prouvent le contraire : il a enfreint de nombreuses lois électorales, notamment en utilisant des ressources publiques pour sa campagne, en menaçant ses adversaires et en recourant à des méthodes illégales de financement.
Lors des élections municipales de 2023 à Erevan, le parti politique Contrat civil de Pashinyan a levé 1,3 million de dollars pour assurer la victoire de Tigran Avinyan, son candidat à la mairie. Une enquête indépendante a révélé que certains dons de campagne, effectués par plusieurs individus, provenaient de fausses identités. Parmi les infractions constatées figuraient des dons importants effectués sous de faux noms. Une femme dont la carte d’identité avait été utilisée frauduleusement s’est indignée et a fermement nié avoir fait un tel don. Dans un autre cas, des dons ont été effectués au nom de huit employés d’un homme d’affaires influent, à leur insu. Malgré ces violations flagrantes de la loi sur le financement des campagnes électorales, les tribunaux n’ont engagé aucune poursuite contre le parti de Pashinyan.
Poursuivant les pratiques douteuses de financement du Contrat civil, une nouvelle enquête indépendante menée par Infocom a révélé qu’au moins 23 directeurs d’hôpitaux et de centres médicaux de différentes régions d’Arménie ont effectué des dons quasi simultanés au parti au pouvoir en mars 2025. Ces directeurs d’établissements publics sont redevables aux autorités en contrepartie de leurs fonctions. Plus de 15 000 dollars ont été transférés au parti au pouvoir en quelques jours seulement, entre le 4 et le 11 mars 2025. Durant toute l’année, les directeurs de 31 centres médicaux ont versé environ 22 000 dollars au parti de Pashinyan. Même le ministre de la Santé a fait un don d’environ 2 000 dollars au parti au pouvoir en 2025. Infocom a également révélé que le parti de Pashinyan et la fondation « My Step », dirigée par sa partenaire Anna Hakobyan, ont reçu des contributions totalisant 300 000 dollars au cours des trois dernières années de la part de chefs d’entreprise ou de fonctionnaires dont les sociétés bénéficiaient d’exonérations fiscales.
Après avoir proféré des menaces répétées d’emprisonner ses opposants politiques et averti que les partis d’opposition ne remporteraient aucun siège parlementaire lors des prochaines élections, Pachinian pourrait désormais franchir toutes les lignes rouges et interdire à un ou plusieurs partis d’opposition de participer aux élections du 7 juin, afin de garantir la victoire de son parti, le « Contrat civil ».
Si cela se produit, tous les partis d’opposition devront boycotter les élections législatives en signe de protestation. Il en résulterait, après le 7 juin, un Parlement composé exclusivement de membres du parti de Pachinian — une situation qui n’est pas sans rappeler le Soviet suprême de l’URSS, où seul le Parti communiste était représenté. Cela confirmerait que l’Arménie n’est pas un pays démocratique, mais une autocratie.
Jusqu’à présent, l’Occident — par intérêt personnel et au détriment des intérêts nationaux de l’Arménie — a fermé les yeux sur des violations majeures des règles démocratiques. Toutefois, s’il ne reste qu’un seul parti au Parlement, l’Occident ne pourra plus prétendre que l’Arménie est une démocratie normale. Un effort diplomatique concerté devrait alors être lancé pour inciter les gouvernements étrangers à refuser de reconnaître les résultats de ces élections illégitimes.
De nouvelles élections législatives devraient ensuite être organisées, en excluant le parti de Pachinian de toute participation.

