Pachinian pourrait retirer la citoyenneté Aux Arméniens qui n’ont pas voté pour lui
Par Harut Sassounian
TheCaliforniaCourier.com
Le Premier ministre Nikol Pachinian se montre de plus en plus intolérant envers tous ceux qui ne partagent pas ses vues.
En pleine période des élections législatives du 7 juin, Pachinian a ordonné illégalement l’arrestation de centaines de membres de l’opposition et de plusieurs candidats aux législatives ; il a empêché les dirigeants des partis d’opposition de quitter le pays et a menacé de les emprisonner ainsi que d’interdire leurs partis politiques.
À l’avenir, Pachinian pourrait purement et simplement interdire aux Arméniens qui s’opposent à lui de voter et aller jusqu’à leur retirer leur citoyenneté. Quelqu’un pense-t-il encore qu’il est possible de changer de gouvernement par la voie des urnes ?
Le problème a surgi lorsque Pachinian a appris qu’un grand nombre de citoyens arméniens résidant en Russie prévoyaient de se rendre en Arménie pour voter aux élections législatives du 7 juin. Dans un premier temps, il a faussement affirmé ne pas s’en inquiéter, se disant certain qu’ils voteraient pour son parti politique. Toutefois, ne croyant pas lui-même à ses propres propos, il a annoncé qu’ils seraient interceptés à leur entrée en Arménie et soumis à un entraînement militaire de 25 jours. Outre le fait d’empêcher ces Arméniens de voter, il a dénigré l’acte patriotique que représente le service militaire en le présentant comme une forme de punition.
Lorsque des Arméniens me demandent pourquoi les membres de la diaspora qui ne possèdent pas la citoyenneté arménienne ne sont pas autorisés à voter aux élections en Arménie, je leur réponds qu’ils devraient davantage se préoccuper du fait qu’environ un million de citoyens arméniens, vivant à l’étranger depuis l’indépendance du pays, ne peuvent pas voter aux élections de leur patrie, à moins de se trouver en Arménie le jour du scrutin. Nul n’a le droit de priver les citoyens arméniens vivant à l’étranger de l’exercice de leur droit fondamental de vote. C’est d’ailleurs pour cette raison que plus de 150 pays permettent à leurs citoyens résidant à l’étranger de voter.
La situation s’est considérablement aggravée lorsque le gouvernement de Pachinian a décidé d’imposer des conditions de résidence aux citoyens arméniens se rendant en Arménie pour voter. Afin de garantir que les opposants au régime ne puissent plus jamais se rendre en Arménie à la dernière minute pour voter, les alliés parlementaires de Pachinian ont annoncé la semaine dernière leur intention de modifier la loi : désormais, les citoyens arrivant de l’étranger pour voter ne pourraient le faire qu’à condition d’avoir résidé en Arménie pendant au moins six mois avant les élections.
Cette mesure est injuste et discriminatoire. Pachinian n’a pas le droit de traiter les citoyens arméniens vivant à l’étranger comme des citoyens de seconde zone. Nul n’a le droit de priver les citoyens arméniens de leur droit de vote.
Au lieu de reconnaître la diaspora comme un atout précieux, Pachinian cherche à décourager ses membres de s’impliquer dans la vie de leur patrie. La diaspora est bien plus qu’une « vache à lait » ; elle peut contribuer à la prospérité de l’Arménie grâce à ses investissements et à son expertise. Une petite nation, qui a survécu à des siècles de persécutions, de massacres et même à un génocide, ne devrait pas être fragmentée en factions rivales. Pachinian a déjà semé la division : anciens dirigeants contre actuels, habitants d’Arménie contre habitants de l’Artsakh, Arméniens d’Arménie contre membres de la diaspora, et désormais citoyens de l’intérieur contre ceux de l’extérieur. Il devrait plutôt entendre l’appel à l’unité lancé par le grand poète Yeghiché Tcharents : « Ô peuple arménien, ton seul salut réside dans ta force collective. »
Lors de son arrivée au pouvoir en 2018, Pachinian a supprimé le ministère de la Diaspora, qui constituait le seul lien existant entre l’Arménie et la diaspora. Il a créé à la place le « Bureau du Haut-Commissaire aux affaires de la diaspora », dirigé par Zareh Sinanyan, lequel s’est employé à rompre tous les ponts entre l’Arménie et la diaspora. Pachinian lui-même a tenu des propos désobligeants à l’égard des Arméniens de la diaspora lors de ses déplacements à l’étranger.
Ironie du sort, ce sont les ennemis de l’Arménie — l’Azerbaïdjan et la Turquie — qui reconnaissent l’importance de la diaspora. Au fil des ans, le président turc Erdogan et le président azerbaïdjanais Aliyev ont souligné à maintes reprises qu’ils entretenaient d’excellentes relations avec le gouvernement arménien, tout en exprimant leur inquiétude face à l’ingérence d’une diaspora « puissante » dans leurs projets visant à obtenir un maximum de concessions de la part de l’Arménie. Les gouvernements turc et azerbaïdjanais ont donné des instructions précises à leurs ambassades et consulats de suivre de près les activités et les déclarations des communautés arméniennes locales. Ils surveillent les médias arméniens afin de prendre connaissance des messages diffusés et des activités en préparation. Les informations recueillies sont transmises aux ministères des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan et de la Turquie.
Un exemple récent en est la « Conférence de mobilisation de la diaspora », qui s’est tenue à Paris les 11 et 12 avril 2026 en présence de 170 militants arméniens venus de 26 pays, dont trois anciens Premiers ministres de l’Arménie et des représentants du gouvernement de l’Artsakh.
Ilaha Khantamirova, analyste au Centre d’études eurasiennes (AVIM) basé à Ankara, a rédigé une analyse approfondie en deux volets sur la conférence de Paris. Voici des extraits de son rapport : « Pachinian se distingue comme le premier dirigeant politique de l’histoire de l’Arménie indépendante à s’opposer ouvertement tant à l’Église arménienne qu’à la diaspora. En particulier, l’évolution de sa rhétorique concernant la question du Karabakh ces dernières années a provoqué de profondes divisions au sein des milieux de la diaspora. Le fait que Pachinian reconnaisse explicitement que le Karabakh constitue un territoire azerbaïdjanais… marque une rupture majeure avec le discours nationaliste arménien traditionnel. »
Mme Khantamirova a également évoqué mon intervention lors de la conférence de Paris : « La proposition de créer un “Parlement de la diaspora” — avancée par l’écrivain Harut Sassounian — est significative dans la mesure où elle illustre l’ampleur des tensions apparues récemment [entre l’Arménie et la diaspora]. »
Comment se fait-il que les dirigeants de l’Azerbaïdjan et de la Turquie s’intéressent davantage aux propos ou aux actions de la diaspora que le Premier ministre arménien ?

