L’Église arménienne devrait immédiatement Excommunier tous les ecclésiastiques rebelles
Par Harut Sassounian
L’archevêque Hovnan Derderian, primat du diocèse occidental de l’Église arménienne des États-Unis, a publié la semaine dernière une déclaration très controversée qui a provoqué de nouvelles turbulences en aggravant les relations déjà tendues entre le Premier ministre Nikol Pashinyan et l’Église apostolique arménienne.
Récemment, Mgr Derderian a également signé une déclaration conjointe avec neuf autres ecclésiastiques de haut rang dissidents et le Premier ministre Pashinyan, appelant à la démission du Catholicos de tous les Arméniens, Karekin II, sous prétexte de réformer l’Église. Il est absurde de croire que ces ecclésiastiques rebelles soient capables de réformer l’Église, car certains d’entre eux ont commis de graves actes immoraux et criminels. Le Service de sécurité nationale les a fait chanter en menaçant de rendre publics leurs crimes et leurs affaires illicites, les forçant ainsi à rejoindre la campagne anti-Église de Pashinyan.
Après avoir mené une campagne infructueuse de six mois pour forcer la démission du Catholicos, le Premier ministre a changé de tactique en faisant pression sur un groupe d’ecclésiastiques pour qu’ils se joignent à lui afin de destituer le Catholicos, provoquant ainsi une scission au sein de l’Église.
Plusieurs problèmes sérieux se posent quant aux actions de Pashinyan et des ecclésiastiques mécontents.
1) Le Premier ministre viole le principe constitutionnel de séparation de l’Église et de l’État en s’ingérant dans les affaires internes de l’Église.
2) Ces derniers dimanches, Pashinyan a soutenu certains « ecclésiastiques » excommuniés en assistant à une liturgie divine (Badarak) non autorisée célébrée par eux dans quelques églises d’Arménie.
3) L’évêque Gevork Saroyan, primat du diocèse de Masyatsotn en Arménie, a intenté une action en justice contre le Catholicos pour son remplacement. Le juge, sur ordre de Pashinyan, a réintégré le primat, violant ainsi la constitution arménienne et les dispositions de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). L’Église apostolique arménienne devrait déposer une plainte auprès de la CEDH contre le gouvernement arménien pour violation des dispositions de la Cour européenne qui interdisent à l’État d’interférer dans les décisions internes de l’Église.
Dans sa déclaration de la semaine dernière, Mgr Derderian a énuméré 11 raisons de s’opposer au Catholicos. Voici mes contre-arguments. Jésus-Christ a dit : « Que celui qui est sans péché jette la première pierre » (Jean 8:7). Jésus a également dit : « Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour enlever la paille de l’œil de ton frère » (Matthieu 7:5). Personne n’est parfait en ce monde, y compris le Catholicos, mais ceux qui le critiquent devraient eux-mêmes avoir les mains propres et, surtout, dire la vérité.
Mgr Derderian a accusé le Catholicos de :
1) Avoir dissimulé un acte indécent présumé commis par l’archevêque Arshag, qui a nié cette accusation sans fondement. Il a été arrêté et emprisonné à tort. L’allégation d’inconduite morale, même si elle était vraie, n’est pas un crime pour lequel une personne peut être poursuivie en justice par le gouvernement.
2) Avoir incité un moine défroqué et sa mère à participer à une manifestation antigouvernementale. Ceci est totalement faux.
3) Ne pas avoir réagi aux accusations de violation de son vœu de célibat. Les rumeurs ne sont pas des faits avérés, et ne pas réfuter une rumeur ne constitue pas une preuve de culpabilité. Des rumeurs circulent également au sujet du Primat du diocèse occidental, et pourtant il n’en a démenti aucune.
4) Être resté silencieux après que le Service de sécurité nationale a accusé son frère, l’archevêque Yezras, Primat de Russie et de Nouvelle-Nakhitchevan, d’être un agent étranger. Il s’agit d’une autre fausse accusation basée sur un document falsifié. Cependant, Mgr Yezras a réfuté cette allégation.
5) Ne pas avoir divulgué les finances du Saint-Siège d’Etchmiadzin. Mgr Derderian devrait plutôt s’inquiéter du fait que le diocèse occidental a construit le complexe de la cathédrale Saint-Léon à Burbank, en Californie, avec des dizaines de millions de dollars collectés auprès du public, et pourtant je ne me souviens pas avoir vu de rapport sur la manière dont cet argent a été dépensé.
6) Avoir mis de côté les statuts révisés de l’Église qu’un comité de réforme dirigé par Mgr Derderian avait rédigés. Pourquoi n’a-t-il pas protesté contre cette inaction pendant toutes ces années, et pourquoi élève-t-il la voix seulement maintenant, après avoir rejoint la campagne politique du Premier ministre contre l’Église ?
7) Agir unilatéralement. Des accusations similaires pèsent sur le style de leadership autoritaire de Mgr Derderian. Par exemple, personne n’ose s’exprimer lorsqu’il nomme des membres du clergé à des postes sans consulter le Conseil diocésain.
8) Politisation de l’Église et opposition au « programme de paix de l’État ». L’Église ne peut rester silencieuse face aux actions destructrices de Pashinyan. Il ne peut instaurer la paix en faisant des concessions sans fin aux ennemis de l’Arménie. L’Église n’est pas opposée à l’État, mais aux politiques défaitistes des autorités actuelles.
9) Mener une campagne médiatique clandestine pour discréditer ses détracteurs. L’archevêque Derderian présente à tort le Catholicos comme un expert en relations publiques.
10) Affaiblir l’Église, « laissant le peuple à la merci des sectes ». Il s’agit d’un problème persistant depuis l’indépendance de l’Arménie. Il est injuste de blâmer uniquement le Catholicos actuel. L’archevêque Derderian devrait plutôt se préoccuper des problèmes de son propre diocèse, où sévissent l’activité sectaire, la prostitution et la toxicomanie.
11) Mener des « politiques de confrontation anti-étatiques ». Ce point reprend le point 8. L’Église n’est pas « anti-étatique ». Elle s’oppose à ce régime qui détruit le pays.
En conclusion, l’archevêque Derderian manque de sincérité dans ses critiques envers l’Église. En tant que primat pendant 36 ans (Canada : 1990-2003 et Ouest des États-Unis : depuis 2003) et membre du Conseil spirituel suprême, il a servi le Catholicos avec soumission, sans la moindre plainte jusqu’à présent.
Tous les problèmes soulevés par l’archevêque Derderian, qu’ils soient fondés ou non, devraient être discutés en interne, conformément aux procédures établies de longue date par l’Église. Étaler les problèmes internes de l’Église sur la place publique nuit à l’Église apostolique arménienne et éloigne les fidèles.
Il n’est ni dans l’intérêt de l’Église arménienne ni de la nation arménienne que l’archevêque Derderian rejoigne la campagne politique de Pashinyan, dont le seul but n’est pas de réformer l’Église, mais de conserver son poste de Premier ministre après les élections législatives de juin.
Beaucoup pensent que la seule raison pour laquelle l’archevêque Derderian s’est engagé dans cette voie imprudente est que Pashinyan lui aurait promis de le nommer prochain Catholicos.
Le Conseil diocésain de l’Ouest des États-Unis devrait envisager de remplacer l’archevêque Derderian en organisant des élections pour un nouveau primat.
Il est temps que l’Église arménienne destitue Derderian et tous les autres membres du clergé qui ont violé leurs vœux religieux et se sont ralliés au Premier ministre Pashinyan, prêt à sacrifier les intérêts de l’Église et de l’État pour ses propres ambitions politiques.

