Par Harut Sassounian http://www.TheCaliforniaCourier.com Le Premier ministre Nikol Pachinian a commis, la semaine dernière, le péché d’attaquer le clergé de l’Église apostolique arménienne ainsi que ses opposants politiques nationaux devant le Parlement européen. Indépendamment des différends internes, il est inacceptable que le chef du gouvernement arménien dénigre son propre peuple devant un public étranger. Il ne devrait pas étaler, hors des frontières de l’Arménie, ses querelles avec ses opposants locaux. Pachinian a entamé ses propos à Strasbourg, le 11 mars, en se félicitant d’avoir opéré « des changements en Arménie et dans le Caucase du Sud en général, dont la portée s’étend sur un siècle, voire un millénaire ». En réalité, ses concessions constantes à Aliyev et Erdogan ont mis l’Arménie à genoux. Il a ensuite évoqué une « paix totale » inexistante avec l’Azerbaïdjan, bien avant même la signature du moindre traité de paix. Pachinian a réitéré une autre affirmation mensongère concernant une route traversant l’Arménie et reliant l’Azerbaïdjan oriental au Nakhitchevan. Ce soi-disant « Chemin Trump » (TRIPP) figurait dans le mémorandum signé le 8 août à la Maison-Blanche par Pachinian, Aliyev et Trump. Ce mémorandum décrivait le TRIPP comme un passage « sans entrave » à travers l’Arménie ; une disposition adoptée à la demande d’Aliyev, qui qualifie cette route de « corridor », sous-entendant ainsi que le territoire arménien qu’elle traverse appartiendrait à l’Azerbaïdjan. Bien que le Premier ministre nuise au pays, il s’est présenté comme le sauveur de l’Arménie, affirmant que « durant les mois de mars et avril 2024, nous nous trouvions au bord du précipice de l’État arménien ; si, en avril 2024, nous n’avions pas pris la décision d’engager le processus de démarcation avec l’Azerbaïdjan, la République d’Arménie ne serait pas aujourd’hui un État indépendant, mais tout au plus un territoire sous domination étrangère ». Cette affirmation est délirante et totalement déconnectée de la réalité. Pachinian a ensuite déclaré : « Et comment avons-nous résolu le problème ? Nous nous sommes adressés à notre employeur : le peuple. » En réalité, depuis qu’il a promis de consulter l’opinion publique au printemps 2018, Pachinian n’a jamais sollicité l’avis du peuple. Il prend toutes les décisions gouvernementales à lui seul, court-circuitant les ministres du gouvernement, le Parlement et le Président. Le pays est devenu le théâtre d’un « one-man show » — une dictature de fait. Pachinian a nié « que le gouvernement arménien restreigne la liberté de conscience, qu’une dictature soit en train de s’instaurer en Arménie, ou qu’il y ait des prisonniers politiques en Arménie ». Ces trois affirmations sont pourtant des faits avérés, en dépit de ses dénégations. Il a mis en cause le « chef de fait de notre Église…, les émissaires du clergé et les représentants de certaines organisations de lobbying qui leur sont affiliées ». En réalité, le clergé et les groupes d’opposition tentent de livrer un ultime combat pour sauver le pays de ses politiques destructrices. Ironie du sort, Pachinian invoque l’État de droit tout en violant la quasi-totalité des lois, ainsi que la Constitution, en s’ingérant dans les affaires internes de l’Église. Il prétend décider qui doit diriger l’Église apostolique arménienne et ce que le clergé est autorisé à dire dans ses sermons. Il a accusé des membres du clergé d’être des agents de l’étranger, sans apporter la moindre preuve. Si ces accusations étaient fondées, le gouvernement aurait engagé des poursuites judiciaires. Vers la fin de son discours de 26 minutes, Pachinian a évoqué les Arméniens du « Karabakh » sur un ton méprisant, affirmant qu’on leur donnait de « faux espoirs ». Contrairement à son défaitisme, les Arméniens de l’Artsakh espèrent retourner sur leur terre natale dès que les circonstances le permettront. Il a également soutenu que les Arméniens de l’Artsakh « devaient obtenir la citoyenneté de la République d’Arménie », alors même qu’ils sont déjà citoyens arméniens et détiennent des passeports de la République d’Arménie. Pachinian conteste leur citoyenneté arménienne afin de les empêcher de voter contre lui lors des élections législatives de juin prochain. Pour détourner l’attention de son échec à obtenir la libération des dirigeants de l’Artsakh détenus à Bakou, il a cité le cas de quatre prisonniers arméniens libérés en janvier par l’Azerbaïdjan. Il s’est bien gardé de préciser qu’ils avaient été échangés contre deux mercenaires djihadistes syriens qui purgeaient une peine de perpétuité en Arménie après avoir été capturés lors de la guerre de 2020, alors qu’ils combattaient pour le compte de l’Azerbaïdjan. En 2019, lorsque le Premier ministre Nikol Pachinian s’est adressé à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), j’avais rédigé un commentaire le félicitant pour son discours et, tout particulièrement, pour ses réponses spontanées aux questions des membres. Mon commentaire s’intitulait : « Pachinian réussit son premier test politique sur la scène internationale ». Quelques jours plus tard, Pachinian a partagé mon commentaire sur sa page Facebook, après y avoir ajouté la note d’introduction suivante : « Je suis heureux que l’un des journaux les plus prestigieux de la diaspora, “The California Courier”, ait apprécié de la sorte mon discours devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). » Sa publication a recueilli 3 900 « J’aime », 181 commentaires et 195 partages. Quelques mois plus tard, lors d’une visite en Arménie, le Premier ministre m’a reçu dans son bureau. Au cours de notre entretien d’une heure, nous avons discuté des enjeux cruciaux auxquels l’Arménie est confrontée — comme je l’avais fait avec tous les dirigeants arméniens précédents. Compte tenu de la tolérance zéro de Pachinian à l’égard de la critique, je doute qu’il partage mon nouveau commentaire sur sa page Facebook, et encore moins qu’il exprime son appréciation à son sujet.
Léna Melkonian and Saro Mardiryan were elected to the city council of Alfortville, France. Luc Carvounas was elected mayor.

