Pashinyan fixe des objectifs irréalistes pour 2050 — bien après son départ
Par Harut Sassounian
Le Premier ministre Nikol Pashinyan a, à maintes reprises, induit le public arménien en erreur en faisant de fausses promesses depuis son arrivée au pouvoir en 2018.
Pour conserver son poste, Pashinyan a eu recours à trois stratagèmes :
1) Promettre aux personnes crédules un avenir radieux en utilisant le slogan : « Il y a un avenir » (*abaka ga*) ;
2) Exploiter la confiance aveugle d’un public naïf en faisant de fausses promesses ;
3) Imputer toutes ses erreurs ainsi que les problèmes actuels du pays aux anciens dirigeants, bien qu’il soit lui-même aux commandes depuis huit ans.
Chaque fois que quelqu’un souligne ses erreurs et ses promesses fallacieuses, Pashinyan nie avoir jamais tenu de tels propos ou élude la question. Son excuse est que, puisque le peuple l’a élu, il est libre d’agir à sa guise — et ce, bien qu’il n’ait jamais révélé à ses électeurs qu’il livrerait l’Artsakh à l’Azerbaïdjan ni qu’il céderait une partie des territoires arméniens à l’État ennemi.
Les élections législatives étant prévues pour le 7 juin, Pashinyan s’emploie une fois de plus à induire le public en erreur. Lui et ses ministres exagèrent leurs réalisations et agissent comme si l’Arménie n’avait pas existé avant 2018, date de leur arrivée au pouvoir.
Afin de duper le public, Pashinyan a décrit en 2020 à quoi ressemblerait son Arménie imaginaire en 2050, sachant pertinemment que ni lui ni son parti politique ne seraient encore en place à cette échéance. Il a baptisé ce plan : « Stratégie de développement pour l’Arménie à l’horizon 2050 ».
Son plan pour 2050 ne diffère en rien de bon nombre de ses autres fausses promesses. Selon le célèbre adage : « Si l’on me trompe une fois, honte à l’autre ; si l’on me trompe deux fois, honte à moi. » Les citoyens arméniens doivent enfin se réveiller et prendre conscience qu’ils sont trompés à répétition par leur dirigeant, aussi incompétent que retors.
Voici la liste des 18 objectifs irréalistes que Pashinyan se propose d’atteindre d’ici 2050 :
• Porter la population de l’Arménie à au moins cinq millions d’habitants.
• Créer 1,5 million d’emplois. • Vaincre la pauvreté par le travail.
• Multiplier par 20 le PIB de l’Arménie.
• Multiplier par sept le salaire moyen.
• Faire d’un mode de vie sain une caractéristique nationale ; porter l’espérance de vie à 90 ans.
• Disposer de l’armée la plus opérationnelle au monde par habitant.
• Disposer de l’un des 10 services de renseignement les plus efficaces au monde.
• Faire de l’apprentissage un mode de vie national.
• Compter au moins trois universités parmi les 200 meilleures au monde.
• Transformer l’Arménie en un pays industriel de haute technologie.
• Compter au moins cinq entreprises de haute technologie valorisées à 10 milliards de dollars ou plus, et au moins 10 000 start-ups en activité.
• Garantir un environnement sain ; rendre l’Arménie résiliente face au climat et économe en énergie.
• Doubler la superficie des zones forestières de l’Arménie.
• Remporter 25 médailles d’or olympiques.
• Faire de l’équipe nationale arménienne de football la championne d’Europe et/ou du monde.
• Remporter le titre de champion du monde d’échecs en individuel.
• Porter à 15 millions le nombre annuel de touristes visitant l’Arménie.
Bon nombre de ces 18 objectifs sont irréalisables. Six ans après l’annonce de Pachinian, les progrès sont quasi inexistants. Bien qu’il n’y ait rien de mal à se fixer des objectifs personnels ou nationaux, leur réalisation exige de suivre les étapes suivantes :
1) Se fixer des objectifs réalistes, offrant une chance de succès raisonnable. Plutôt que de monter sur scène pour dire tout ce qui passe par la tête, une étude approfondie s’impose avant de faire des annonces publiques hasardeuses.
2) Solliciter des experts pour élaborer un plan d’action détaillé, réaliste et réalisable. Le chef du gouvernement doit d’abord consulter des spécialistes de divers domaines afin d’établir une feuille de route permettant de faire progresser le pays d’un point A à un point B.
3) Établir un calendrier et définir des jalons intermédiaires. Il ne suffit pas d’énoncer ce que l’on souhaite accomplir d’ici 2050. Le gouvernement doit disposer d’un plan détaillé précisant les actions à entreprendre chaque année jusqu’en 2050.
4) Associer le public à la définition des priorités nationales. Le Premier ministre ne doit pas ignorer la volonté du peuple ni décider unilatéralement de ce qui est le mieux pour les citoyens. Il devrait organiser des conférences locales dans chaque région afin de demander au public ce qu’il souhaiterait voir accompli d’ici 2050. Le gouvernement devrait également réaliser des sondages d’opinion pour recueillir des données fiables concernant les intérêts des citoyens.
5) Plus important encore : assurer dès à présent une direction compétente. Avant de se soucier de 2050 — ou même de 2026 — le pays doit se doter d’un dirigeant compétent. Lors des élections législatives de ce mois de juin, les citoyens arméniens ont l’occasion de décider qui est le mieux placé pour diriger le pays dès maintenant. Faute de quoi, ils risquent de ne plus avoir de pays d’ici 2050.

