La Diaspora se mobilise pour sauver l’Arménie des actions destructrices de Pachinian
Par Harut Sassounian
La Conférence nationale de mobilisation de la Diaspora s’est tenue à Paris les 11 et 12 avril 2026, rassemblant 160 militants politiques, leaders communautaires, juristes internationaux, membres du clergé et universitaires issus de 26 pays, dont l’Arménie et l’Artsakh.
Son objectif était de dresser un bilan exhaustif des relations entre l’Arménie et sa diaspora, dans un contexte marqué par des défis nationaux persistants et des réalités géopolitiques en pleine mutation, tout en soulignant l’impérieuse nécessité d’une mobilisation coordonnée autour d’un agenda panarménien unifié.
Nous traversons un moment critique de l’histoire de la nation. Jour après jour, le Premier ministre Nikol Pachinian porte des atteintes considérables aux intérêts nationaux de l’Arménie ; à tel point que, s’il devait se maintenir à son poste après les élections législatives du 7 juin, la sécurité de la patrie pourrait s’en trouver gravement compromise. L’Arménie a besoin d’un dirigeant compétent, résolu à protéger les intérêts nationaux du pays contre toute ingérence étrangère, qu’elle provienne de l’Est, de l’Ouest, du Nord ou du Sud.
Les Arméniens qui, à ce stade critique, restent indifférents au sort de leur patrie et demeurent les bras croisés contribuent, par leur inaction, à sa perte. Où qu’ils résident, tous les Arméniens ont le devoir sacré de sauver l’Arménie de ses ennemis, qu’ils se trouvent à l’intérieur ou à l’extérieur du pays.
Il est regrettable de constater qu’environ la moitié des électeurs inscrits en Arménie ont fait savoir qu’ils ne participeraient pas aux prochaines élections législatives. Un tel désengagement favorise la perpétuation de politiques gouvernementales auxquelles la majorité des citoyens s’opposent. Tous les électeurs arméniens inscrits ont le devoir civique de participer aux élections et de déposer leur bulletin dans l’urne le 7 juin. Même les citoyens arméniens résidant au sein de la diaspora devraient se rendre en Arménie pour voter.
En termes de stratégie de campagne, les partis politiques d’opposition devraient concentrer leurs efforts prioritaires sur les citoyens qui n’envisagent pas de voter, plutôt que de gaspiller temps et ressources à tenter de rallier les soutiens, de plus en plus clairsemés, de Pachinian. Les partisans de ce dernier continueront de le soutenir, car leur subsistance dépend de lui : il s’agit, pour la plupart, soit de fonctionnaires bénéficiant de généreuses primes, soit d’entrepreneurs se voyant octroyer des contrats commerciaux à caractère monopolistique.
Dans ce contexte d’urgence politique, la conférence de Paris a revêtu une importance toute particulière. La plupart des participants — dont bon nombre n’étaient pas sans affiliation politique — ont perçu collectivement les dangers immédiats auxquels l’Arménie est confrontée et se sont engagés, une fois de retour chez eux, à tout mettre en œuvre pour mobiliser les membres de leurs communautés locales. Fait remarquable, figuraient parmi les participants à la conférence trois anciens Premiers ministres d’Arménie : Vazgen Manoukian, Khosrov Harutyunyan et Hrant Bagratyan.
L’évêque Krikor Khachatryan, Prélat du Diocèse de l’Église apostolique arménienne de France, a donné lecture de la déclaration du Catholicos de tous les Arméniens, Karékine II. Le Catholicos de la Grande Maison de Cilicie, Aram Ier, s’est adressé à l’assemblée par liaison vidéo. Ashot Danielyan, président par intérim de la République d’Artsakh et président de l’Assemblée nationale d’Artsakh, est intervenu en personne.
La conférence a réuni 19 intervenants, répartis en quatre panels thématiques :
1) Le rôle stratégique de la Diaspora dans la résolution des problèmes nationaux majeurs ; quel est l’agenda politique de la Diaspora ?
2) L’importance des valeurs nationales et de l’Église arménienne dans la préservation de l’identité arménienne au sein de la Diaspora ; les défis face aux nouvelles réalités.
3) Enjeux clés et perspectives des relations entre l’Arménie et la Diaspora.
4) Mobilisation et revitalisation de la Diaspora au service de la réalisation des objectifs panarméniens.
Dans mon intervention — en tant que l’un des orateurs de la conférence —, j’ai exprimé mon regret que les gouvernements arméniens successifs n’aient pas pleinement su exploiter la Diaspora en tant qu’atout précieux. Depuis que le régime de Pashinyan a supprimé le ministère de la Diaspora, les relations entre la Diaspora et l’Arménie ont atteint leur niveau le plus bas depuis l’indépendance du pays. Pashinyan ne cesse de dénigrer la Diaspora et de s’aliéner ses membres, creusant ainsi un fossé entre son gouvernement et les préoccupations de cette dernière.
Les vues et les positions de Pashinyan marquent une rupture profonde avec les valeurs et les priorités arméniennes. Il a ouvertement critiqué des symboles nationaux immuables tels que le mont Ararat, les armoiries et l’hymne national ; il a rebaptisé les manuels scolaires d’« Histoire des Arméniens » en « Histoire de l’Arménie », réduisant ainsi la portée historique de l’identité arménienne ; il a remis en question la véracité du génocide arménien ; enfin, il arbore à sa boutonnière une carte de l’« Arménie réelle », tentant par là même de reléguer l’Arménie historique aux oubliettes.
En matière de sécurité et de souveraineté, Pachinian a livré l’Artsakh à l’Azerbaïdjan, cédé à ce dernier 220 kilomètres carrés du territoire de la République d’Arménie et considère la question de l’Artsakh comme close — alors même que les dirigeants de l’Artsakh demeurent détenus dans une prison de Bakou ; par ailleurs, il a établi une liste noire d’Arméniens de la diaspora qui ne sont pas autorisés à se rendre en Arménie, pour la simple raison qu’ils sont en désaccord avec sa politique.
Par ailleurs, il a pris des mesures de confrontation à l’encontre de l’Église apostolique arménienne, notamment en faisant détenir de hauts dignitaires du clergé ; de plus, son parti politique, Contrat civil, a annoncé son intention d’organiser une conférence officielle exclusivement destinée aux membres de la diaspora « pro-gouvernementaux ».Alors que la conférence touchait à sa fin, j’ai eu la surprise de voir Ashot Danielyan, président par intérim de la République d’Artsakh, me remettre un « Certificat de reconnaissance » de la part de la République d’Artsakh, portant la mention suivante : « Je vous exprime ma profonde gratitude pour votre contribution majeure à la défense des droits des Arméniens d’Artsakh déplacés de force, ainsi qu’à la garantie de leur retour, en toute sécurité et dans la dignité, sur leur terre ancestrale. »Cette marque de reconnaissance fut un honneur ; mais bien plus importante encore est la responsabilité que partagent les Arméniens du monde entier d’agir avec détermination en ce moment charnière.

