Par Harut Sassounian
TheCaliforniaCourier.com
La semaine dernière, des dizaines de parlementaires arméniens se sont violemment affrontés, échangeant des coups de poing et allant jusqu’à jeter une chaise. Des blessures ont été constatées, notamment des nez ensanglantés et des vêtements déchirés.
Outre des voisins menaçants de part et d’autre de la frontière, l’Arménie doit faire face à un ennemi intérieur bien plus dangereux.
La rixe de la semaine dernière, diffusée en direct à la télévision, constitue un comportement honteux, indigne des représentants élus d’un peuple qui se targue d’appartenir à la plus ancienne nation chrétienne du monde et qui vit dans une prétendue démocratie.
Malheureusement, le président du Parlement, Ruben Rubinyan, a refusé d’interrompre la retransmission en direct de ces agissements scandaleux. Il a déclaré vouloir que le public voie ce qui se passait. Les vidéos de la bagarre ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux et relayées par NBC, Al Jazeera et CNN, jetant le discrédit sur les Arméniens du monde entier.
Rubinyan se comporte davantage comme un voyou que comme le président du Parlement. Il tolère que les membres de son parti insultent l’opposition, mais dès qu’un de ses membres émet une critique à l’égard de la majorité, il coupe le micro et ordonne aux agents de sécurité d’expulser ce député de l’hémicycle.
Pire encore, interrogé sur la bagarre, le Premier ministre Nikol Pashinyan a déclaré : « Je soutiens les mesures prises par le parti Contrat civil… Qu’il s’agisse d’une chaise ou autre chose, c’est proportionné et juste… Si quelqu’un pense pouvoir lever la main et frapper un député… alors nous lui casserons la main. » Vahagn Aleksanyan, vice-président du Parlement et membre du parti majoritaire Contrat civil, a bel et bien lancé une chaise sur des membres de l’opposition. Malgré la promesse de Pashinyan de casser la main de quiconque frapperait un député, personne n’a été inculpé pour agression.
Après avoir affirmé à maintes reprises, à tort, avoir instauré la démocratie et la paix en Arménie, il a admis la semaine dernière que si l’accord de paix n’est pas signé et ratifié durant son mandat, qui s’achève en 2031, « je le considérerai comme un échec personnel ».
Jour après jour, Pashinyan prend des mesures de plus en plus inquiétantes pour semer l’instabilité intérieure. Il a accepté la demande du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev de supprimer, dans le préambule de la Constitution arménienne, toute référence à la déclaration d’indépendance de 1990. Aliyev a fait de cette suppression une condition préalable à la signature d’un traité de paix avec l’Arménie. Il est incroyable que l’ennemi de l’Arménie dicte le contenu de sa Constitution et que Pashinyan s’y rallie en qualifiant la déclaration d’indépendance arménienne d’« anti-étatique ».
Heureusement, un obstacle majeur se dresse devant l’adoption d’une nouvelle Constitution : le parti de Pashinyan ne dispose pas de la majorité des deux tiers au Parlement requise pour autoriser un référendum national. Sans cette approbation, Aliyev a déclaré qu’il ne signerait pas le traité de paix. Cela porterait un coup dur à l’objectif politique principal de Pashinyan et pourrait entraîner sa chute.
Pour tenter de résoudre ce dilemme, Pashinyan a d’abord annoncé la tenue d’élections législatives anticipées, espérant ainsi permettre à son parti d’obtenir la majorité des deux tiers requise. Cependant, il a rapidement abandonné cette option, constatant l’inquiétude de ses partisans quant au risque de se retrouver dans l’opposition à l’issue de ces élections.
Pashinyan doit désormais élaborer une nouvelle stratégie qui n’implique pas d’élections législatives anticipées. Il a mystérieusement déclaré : « Je ferai une offre que l’opposition ne pourra pas refuser. » Il est probable qu’il invente des accusations contre au moins six députés de l’opposition et les menace d’emprisonnement. Si son chantage fonctionne, il obtiendra la majorité des deux tiers nécessaire. Toutefois, les deux factions de l’opposition ont annoncé leur intention de bloquer le référendum.
Il est à noter que le ministre des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, a déclaré la semaine dernière aux parlementaires que le gouvernement « démissionnerait » si le peuple votait contre la nouvelle Constitution lors du référendum. Cela sonnerait le glas du traité de paix tant apprécié de Pashinyan, ainsi que de son mandat de Premier ministre.
Autre problème majeur : l’ordre donné par Pashinyan d’arrêter plusieurs centaines de sympathisants de l’opposition, accusés de corruption d’électeurs lors des élections législatives du 7 juin 2026. Ils sont emprisonnés depuis des mois sans procès, tandis que Pashinyan continue de les qualifier de corrupteurs. Aucun tribunal ne les a reconnus coupables. Parallèlement, aucun électeur du parti de Pashinyan n’a été arrêté pour corruption.
Ironie du sort, une vidéo a récemment fait surface montrant Pashinyan lui-même en train de verser un pot-de-vin à un électeur pendant sa campagne pour les élections législatives du 7 juin 2026. Pourquoi n’a-t-il pas été arrêté pour ce qui semble être un délit ?
Un second problème juridique réside dans l’arrestation de plusieurs Arméniens influents et fortunés sur ordre de Pashinyan. L’ancien président Robert Kotcharian et les hommes d’affaires Gagik Tsarukian et Samvel Karapetyan ont été arrêtés sur la base d’accusations non fondées ; leurs biens et entreprises ont été confisqués et leurs comptes bancaires gelés. Ils ont été accusés uniquement sur la base des paroles de Pashinyan. Aucun d’eux n’a été reconnu coupable d’un quelconque crime par un tribunal. Par conséquent, la confiscation de leurs avoirs constitue une violation des droits de la défense et de l’État de droit.
Tous trois, ainsi que de nombreuses autres personnes, devraient saisir la Cour européenne des droits de l’homme afin qu’elle ordonne leur libération et impose des sanctions financières au gouvernement arménien pour ses multiples violations.